La psychologie positive au travail: 7 moyens puissants pour promouvoir productivité et bien-être

de | 18 décembre 2016

La psychologie positive au travail: 7 moyens puissants pour promouvoir productivité et bien-être

Le but de la vie est de découvrir ses dons, et le sens de la vie est de les partager.

Étonnamment, jusqu’il y a moins de 20 ans, la psychologie se concentrait largement sur le côté négatif de l’expérience humaine. La maladie mentale, dans toutes ses formes, était le point central de ses investigations scientifiques.

Les deux dernières décennies ont vu un play’em live changement dramatique. Il y a eu une explosion d’études empiriques en psychologie positive, accumulant une mine d’informations scientifiques sur ce qui nous aide à prospérer et à nous épanouir dans notre vie (Seligman, 2016).

En outre, la recherche en neuroscience a révélé la plasticité de notre cerveau, sa capacité à évoluer du fait de changements cognitifs, émotionnels et comportementaux. Nous ne sommes pas limités par un ensemble de gènes déterminés, mais nous sommes capables de faire évoluer notre cerveau et de devenir plus joyeux, calmes et résilients (Hanson, 2015).

Plus récemment encore, la science de la psychologie positive a dirigé son attention vers notre expérience au travail (1). Sept de ses contributions majeures dans ce domaine sont décrites ci-dessous.

  1. Le bonheur

“La majorité des gens dans le monde, à travers de vastes continents et cultures, affirment que d’être heureux est un des buts les plus chers de leur vie.

Sonja Lyubomirsky

Un des sujets les plus étudiés en psychologie positive est le bonheur. De nombreuses recherches ont été consacrées à identifier les facteurs qui augmentent le bonheur et ceux qui l’entravent.

A l’opposé de l’idée reçue qu’un travail acharné amènera le succès qui à son tour nous apportera le bonheur, des données empiriques démontrent que c’est plutôt le contraire : c’est le bonheur qui motive un travail intense et favorise la réussite (Achor, 2015).

Les recherches approfondies de Lyubomirsky’s (2015) ont montré que le bonheur n’est pas un sous-produit de bons résultats, mais plutôt la source principale des succès au travail. Le bonheur booste l’énergie et la créativité et favorise les relations harmonieuses et la productivité. Réussites et accomplissements génèrent, à leur tour, le bonheur, créant un cercle vertueux.

Les ingrédients qui favorisent le bonheur au travail comprennent (2; Achor, 2015) :

–bénéficier d’un manager qui est accessible et qui inspire la confiance

–être en mesure de déconnecter du travail et jouir d’un équilibre raisonnable entre la vie professionnelle et la vie privée

–trouver un sens dans son travail

–connaître les objectifs et être engagé à les atteindre

–recevoir un appui pour son travail et de la reconnaissance pour ses contributions

–faire partie d’une équipe qui favorise les relations sociales et la collaboration.

Le sentiment de bonheur est très individuel. Il est basé sur l’expérience subjective de nos émotions, de l’acceptation de soi et du sens que nous donnons à notre vie.

2. Les émotions

“La première vérité sur nos émotions positives est qu’elles ouvrent nos cœurs et esprits, nous rendant plus réceptifs et plus créatifs.”   Barbara Frederickson

Nous avons tous besoin de ressentir des émotions positives, telles que paix, inspiration, espoir, amour, gentillesse, joie et satisfaction, pour avoir un sentiment de bien-être (Frederickson, 2014).

Comme l’ont démontré de nombreuses études, les organisations qui réussissent à augmenter les émotions positives des employés au travail et, par là, à favoriser productivité, engagement et bien-être, ont moins de rotation de personnel, d’absentéisme et de coûts de santé. Elles attirent et fidélisent davantage les talents, sont plus innovatrices, offrent un meilleur service à la clientèle et obtiennent de meilleurs résultats financiers.

Les émotions positives ont un effet cumulatif, leurs bénéfices n’apparaissant souvent que plus tard. Elles motivent les gens à élargir leur répertoire d’intérêts et de passions qu’ils poursuivent et les amènent à apprendre de nouveaux aspects sur eux-mêmes et à nouer des nouveaux contacts avec d’autres personnes (3).

Néanmoins, il est important d’accepter nos émotions négatives, comme la colère, la tristesse ou l’angoisse, et reconnaître leur valeur. Elles font partie de notre expérience humaine tout comme nos émotions positives.

 Si nous voulions seulement des émotions positives, notre espèce se serait éteinte il y a bien longtemps.”   Martin Seligman

Nos émotions sont contagieuses. La recherche a démontré que l’humeur des managers, par exemple, est perçue rapidement par leurs équipes et influencent leurs émotions (Achor, 2015).

La pratique de la pleine conscience et de la méditation au travail contribue également aux émotions positives et à diminuer le stress (Tan, 2016).

Quand nous examinons nos sentiments et leurs conséquences, nous devrions tenir compte du biais de négativité, cette tendance évolutionnaire de nous focaliser sur les émotions négatives. Nos réagissons aux entrées négatives, telles qu’un froncement, une critique ou un blâme avec beaucoup plus d’intensité qu’aux expressions positives comme un sourire, un louange ou une récompense (Hanson, 2015). 

3. L’environnement de travail

 En utilisant des données empiriques de la psychologie positive, il est possible de concevoir une culture d’entreprise à la fois orientée résultat et humaine: transformer les affaires centrées uniquement sur la routine quotidienne et la survie à un mode de fonctionnement qui favorise l’épanouissement des employés qui ne seraient plus seulement motivés par les retours financiers et la peur, mais par des émotions positives et des expériences enrichissantes (Achor, 2015).

Les caractéristiques d’un environnement positif comprennent:

–valoriser les individus en tant que personnes plutôt qu’en tant que salariés

–se préoccuper de ses collègues et s’entraider

–offrir gentillesse et compréhension quand les autres sont en difficulté

–éviter de jeter le blâme et pardonner les erreurs

–traiter autrui avec respect, dignité et intégrité (4).

Les managers jouent un rôle critique en modélisant et encourageant ces principes : s’intéresser personnellement aux employés, leur témoigner de la gratitude et de la reconnaissance pour leurs contributions, favorisant les connexions sociales positives, montrant de l’empathie et de la compassion, offrant de l’aide, encourageant les employés à leur parler de leurs problèmes et promouvant expérimentation et nouvelles initiatives (4).

Google, une des entreprises des plus prospères et performantes du monde, est bien connue pour la grande attention qu’elle porte à ses collaborateurs (5). Elle a compris la connexion très forte entre le bien-être, la productivité et les résultats financiers. Le bonheur de leurs employés est scruté en permanence et tout est entrepris pour qu’ils soient parfaitement contents et satisfaits de leur espace et conditions de travail. 

4. Relations sociales

“Si tu veux que les autres soient heureux, pratique la compassion. Si tu veux être heureux, pratique la compassion.”   Dalai Lama

La relation entre employé et supérieur immédiat est la plus critique. La force de cette liaison prédit la productivité des employés et combien de temps ils resteront dans leur emploi.

Les effets des managers toxiques peuvent être dévastateurs (6). Par exemple, 75% des employés rapportent que leur chef est l’élément le plus déplorable et le plus stressant de leur travail ; 50% des travailleurs qui ne s’estiment pas valorisés, planifient de chercher un autre emploi l’année suivante ; les entreprises américaines dépensent 360 milliards de dollars chaque année pour les coûts de santé dus aux mauvais managers ; et les employés travaillant avec un mauvais manager sont parmi les moins productifs (7).

Au-delà de la nécessité de créer une relation solide avec leurs collaborateurs, les cadres doivent également prendre soin de promouvoir de bons rapports entre collègues à travers les réunions, les projets et le travail d’équipe. Des liens sociaux étroits entre collègues se sont révélés comme facteur clé de motivation, de bien être et de productivité au travail.

Les personnes sur lesquelles nous comptons au travail jouent un rôle important dans notre capacité de création et d’innovation. La plupart des inventions et percées ou mêmes les améliorations progressives sont le résultat d’un effort collectif plutôt qu’individuel (Achor, 2015).

5. L’état d’esprit

“Je ne suis pas ce qui m’est arrivé. Je suis ce que je choisis de devenir.” 

Carl Jung

L’état d’esprit a été étudié intensément par la psychologie positive. C’est un concept avec des implications critiques pour la vie en général (Dweck, 2010) et pour le bien-être et la productivité au travail en particulier (8).

Les personnes avec un état d’esprit fixe ou négatif perçoivent leur potentiel comme inné, tel que leurs talents ou leur intelligence. Elles sont convaincues qu’ils sont nés avec certaines compétences qu’elles ne peuvent pas changer. Elles sont limitées dans leur développement en se confinant aux seules activités qu’elles maîtrisent où elles savent qu’elles réussiront. Elles ont du mal à admettre des erreurs et sont réticentes à corriger leurs lacunes. Les critiques les insécurisent et les rendent facilement défensives ce qui les empêchent de s’engager dans des dialogues constructifs et de bâtir des relations positives.

Les personnes avec un état d’esprit positif orienté vers la croissance sont persuadées qu’elles peuvent développer leurs qualités naturelles par un travail conséquent, de bonnes stratégies et en tenant compte des avis des autres. Elles aiment les nouveaux défis et s’aventurer en territoires inconnus. Elles ne se découragent pas facilement par leurs échecs et sont capables d’apprendre des erreurs du passé. Elles reconnaissent que leurs accomplissements potentiels sont liés à leur motivation interne. Leur confiance et optimisme les aident à établir des relations positives et à inspirer d’autres personnes.

Les managers doivent prendre conscience de leur propre état d’esprit et de l’impact que celui-ci peut avoir dans leur environnement de travail. Les cadres avec un état d’esprit de croissance ont davantage tendance à encourager leurs équipes et les soutenir. Ils les félicitent pour leurs efforts, pas seulement pour les résultats qu’elles obtiennent (8).

6. Les forces

L’étude des forces est centrale en psychologie positive étant donné que ce sujet représente un plus dans l’existence humaine. Connaître et utiliser ses forces génère de l’optimisme et de la confiance, donne un sens de direction, procure vitalité et épanouissement et facilite l’atteinte de ses buts (Boniwell, 2014).

Pouvoir exploiter ses propres talents donne des ailes et mène à plus de créativité et de productivité, tandis que le combat permanent avec ses lacunes est stressant et draine l’énergie.

Toutefois, il est à noter que certaines faiblesses, par exemple celles qui bloquent la

trajectoire de carrière désirée, nécessitent toute votre attention, même si un gros effort est demandé pour les surmonter.

La compatibilité entre la personne et l’emploi est cruciale : optimiser la correspondance entre compétences et préférences individuelles d’une part et exigences et activités professionnelles de l’autre, trouver des opportunités pour utiliser ses qualifications et bénéficier de l’autonomie, la possibilité d’exercer un contrôle sur ses actions, permet non seulement l’expansion de son bien-être, mais également d’apporter des contributions optimales à l’entreprise. 

7. Sens du travail

 Un travail gratifiant contribue à un bien-être plus profond et plus durable qu’un plaisir provenant de circonstances momentanés et éphémères. Les collaborateurs qui trouvent que leur travail est valorisant sont davantage motivés, engagés et satisfaits et restent plus longtemps fidèles à leur organisation.

Pour la plupart des gens, un travail utile et intéressant représente une priorité souvent même plus élevée que les récompenses financières, les promotions ou la sécurité de l’emploi (1).

Des études sur les antécédents du sens au travail ont révélé plusieurs facteurs qui y contribuent:

–être en mesure d’utiliser ses uniques talents

–des opportunités de croissance et la possibilité de développer ses compétences intellectuelles et personnelles

–des relations sociales étroites et enrichissantes

–un travail qui fait appel à une motivation intrinsèque qui correspond à des valeurs personnelles

–faire une différence, impacter les autres

–être respecté pour ce qu’on fait et contribuer au bien commun

–travailler pour une organisation qui est perçue comme équitable et qui mérite la confiance.

Les “Donneurs”, ceux qui tendent à partager avec les autres sans forcément s’attendre à un retour, ont davantage l’expérience du sens de la vie que les “Preneurs”, ceux qui cherchent à obtenir un maximum des autres (9).

 Messages clés

Une belle vie peut être vue comme une matrice qui inclut bonheur, tristesse occasionnelle, le sentiment d’avoir un but, amusement et flexibilité psychologique, ainsi que de l’autonomie, de la maîtrise de soi et un sentiment d’appartenance.”   Robert Biswas-Diener

Des données scientifiques indiquent que les entreprises qui prennent en compte les principes de la psychologie positive au travail sont prospères. Elles affichent de meilleurs résultats en termes d’engagement des collaborateurs, d’innovations, de rotation du personnel, d’absentéisme, de coûts de la santé et, enfin, de chiffre d’affaires.

Sept dimensions clés de la psychologie positive ont un impact majeur sur la vie au travail :

–le bonheur génère le succès et améliore la performance

 –les émotions positives stimulent l’exploration de nouvelles voies de croissance et d’apprentissage et font naître la confiance

–un lieu de travail positif où les travailleurs sont valorisés et traités avec respect génère engagement et innovation

–des relations sociales positives au travail sont déterminantes pour le bien-être et la productivité. Le rapport avec le supérieur immédiat est particulièrement important

–un état d’esprit positif, basé sur la conviction que grâce à ses efforts, à de bonnes stratégies et aux contributions des autres, on a la capacité de développer et enrichir son potentiel

–connaître et régulièrement utiliser ses forces et talents au travail permet d’atteindre un niveau supérieur de productivité et de satisfaction

–trouver un sens à son travail procure un contentement profond et une source inestimable d’énergie

 Références

Achor, S. (2015), Comment devenir un optimiste contagieux, Pocket, Collection Pocket Evolution.

Boniwell, I. (2014), Introduction à la psychologie positive, Payot.

Dweck, C. S. (2010), Changer d’état d’esprit : une nouvelle psychologie de la réussite, Mardaga.

Frederickson, B. (2014), Mieux vivre grâce à la pensée positive, Larousse, Collection Poche Larousse Pratique.

Hanson, R. (2015), Le cerveau du bonheur, Les Arènes, Collection Ar. Psycho Scien.

Lyubomirsky, S. (2015), Qu’est-ce qui nous rend vraiment heureux ? Pocket, Collection Evolution.

Seligman, M. (2016), S’épanouir, Pocket.

Tan, C.-M. (2016), Connectez-vous à vous-même, Pocket, Collection Pocket Evolution.

  1. http://www.psychologie-positive.net/spip.php?rubrique67
  2. https://www.linkedin.com/pulse/les-5-facteurs-clés-qui-favorisent-lengagement-et-le-des-goldschmid?trk=mp-reader-card
  3. http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/barbara-fredrickson-devenir-une-meilleure-version-de-soi-meme_sh_36071
  4. https://hbr.org/2015/12/proof-that-positive-work-culture-are-more-productive
  5. http://www.slate.fr/story/67685/google-la-boite-bonheur
  6. https://www.linkedin.com/pulse/pourquoi-le-management-traditionnel-est-voué-à-léchec-goldschmid?trk=mp-reader-card
  7. http://www.huffingtonpost.com/jeff-fermin/8-unsettling-facts-about-_b_6219958.html
  8. https://hbr.org/2016/01/what-having-a-growth-mindset-actually-means
  9. http://www.lesaffaires.com/strategie-d-entreprise/management/l-altruisme-mene-au-succes-meme-au-travail—adam-grant-professeur-de-la-wharton-school-la-plus-prestigieuse-ecole-de-finance-des-etats-unis/568680/2 

Dr. Marcel Lucien Goldschmid, Directeur, Management Training & Coaching, MTC